CONTRE LES CHIENS DE VIGILES

Un rude esclavage

Pas de formation, pas d’intérêt pour leur chien, une situation personnelle précaire : certains vigiles se servent trop souvent de leur animal comme d’un objet, le remisant comme tel, une fois son service fini, dans une prison insupportable jusqu’à la prochaine vacation. Jusqu’à l’accident.

Calvaire au travail, calvaire en rentrant

Une partie des vigiles qui arpentent galeries, entrepôts et parkings sont des personnes sans qualification ou sans papiers, qui évitent le chômage en promenant un chien de dissuasion muselé au bout d’une courte laisse. Faisant au passage du tord à l’ensemble de la profession. Formation, néant. Connaissance du chien néant. Capacité à garder son calme en toute situation, néant. Les sociétés qui les emploient sont peu regardantes sur leurs aptitudes à diriger un chien, à maintenir l’ordre, à avoir un contact rapproché avec le public. On demande à l’homme d’avoir l’air martial et au chien d’afficher une allure intraitable. Tout dans le paraître, sans le moindre état d’âme. La porte ouverte aux débordements, aux accidents, aux abus de toutes sortes.

Nous avons tous vu des vigiles gardant un magasin, leur chien allongé sur un carton toute la journée devant une gamelle d’eau vide, arrimé à une laisse en métal si courte qu’ils peuvent à peine respirer. Pas question de se retourner ou de se coucher normalement. On lui lance des invectives d’un ton de commandement, et visiblement, les caresses, il ne sait même pas que ça existe, cet animal. Ce gros chien type beauceron, berger ou rott, qui attire plus la pitié que la peur, on l’a tous plaint d’avoir à gagner sa vie ainsi. Mais on a tous pensé aussi que son service terminé, il rentre chez lui où il peut récupérer de sa vacation.

Bien sûr nous aurions dû être alertés parce que le cerbère maigrit à vue d’œil (la chaleur, prétend son maître). Nous aurions dû nous poser des questions parce que la femelle rott reparaît au bout de quinze jours d’absence, les mamelles distendues et le flanc collé aux côtes, avant de disparaître pour de bon, remplacée par un autre chien de garde (elle s’est sauvée, regrette son propriétaire). Ces chiens là, ce sont des animaux machine : des êtres vivants exploités sans le moindre scrupule par des gens dont les conditions de vie sont regrettables certes, mais qui imposent un véritable calvaire à celui qui leur permet de gagner sa vie : repas a minima, inconfort des conditions de travail, aucune éducation au chien qui ne sait comment réagir en cas de souci, et maintien en cage au retour une fois le service fini, assorti de corrections préventives pour maintenir un climat de terreur.

70% d’avis défavorables

Ils ne connaissent pas le sens du mot maison, ces chiens. Pour eux, la vacation terminée, c’est le kennel dissimulé sous une bâche dans la cour, remisé dans une cave sans lumière, dissimulé dans un placard à peine aéré. On ne crie pas, on ne gémit pas, on ne bouge pas, on vit dans la terreur et la résignation, dans des cages empilées les unes sur les autres. Des clapiers, faits de bric et de broc. Un enquêteur de la Fondation Assistance aux Animaux qui saisit souvent des chiens détenus ainsi, estime en connaître une bonne centaine rien que dans les squats de Saint Denis, qui ne représentent sans doute que la partie émergée de l’iceberg. « On essaie de négocier avec les sociétés de surveillance afin qu’elles entretiennent des chenils dans lesquels les chiens vivraient après leur service »… soupire-t-il.

Un éducateur canin, chargé d’évaluer les capacités des chiens à déambuler dans la foule et de leurs maîtres à conduire ces chiens émet 60 à 70 % d’avis défavorables. Mais peu nombreuses sont les sociétés de surveillance qui font appel à des professionnels pour jauger les postulants à l’emploi de vigile. Le certificat de capacité est rarement exigé pourtant il existe un diplôme d’agent cynophile de sécurité, accessible dans le cadre de la formation continue et reconnu par l’Etat, ouvert aux personnes qui ont un niveau 3ème ou un CAP d’agent de sécurité. Le Brevet Professionnel Agricole est également un bon sésame pour ce métier.

En fait de chiens de dissuasion , on fabrique ainsi des animaux instables, agressifs ou peureux. A se demander en fait comment les accidents ne sont pas plus nombreux.

« Chez nous, nous sommes attentifs à la forme physique du chien, explique le responsable des embauches d’une société de surveillance consciente du problème. Lorsqu’un animal maigrit, on convoque son propriétaire, on cherche à savoir ce qui se passe et on fait pression s’il le faut. Le message, c’est que l’animal, pour être un outil de travail fiable, doit être avant tout un compagnon correctement traité.»

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et les chiens de vigile sont pour certains des esclaves canins surexploités, enchaînant service sur service car ils sont souvent la propriété commune de plusieurs maîtres. Ou encore ils sont loués à un autre surveillant, une fois leur premier tour achevé. Double ration d’injures. Double ration de coups. Double ration de désespoir…

 

La Fondation Assistance aux Animaux dénonce cet état de fait scandaleux. Elle a très activement participé à l’élaboration des lois relatives aux chiens de vigile, notamment le décret du 23 février 2009 relatif à la réglementation des activités privées de sécurité. Malgré tout, chaque année, la Fondation prend en charge des dizaines de ces chiens détenus dans des conditions horribles, souvent victimes de coups, mais aussi de privations pouvant aller jusqu’à la mort.

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