CONTRE L’ABATTAGE RITUEL

Souffrance animale, laïcité et objection de conscience

Pour ne pas manger d’animaux égorgés à vif

Ouvrez bien vos yeux et vos oreilles : vous qui n’êtes pas végétarien, vous consommez sans le savoir de la viande d’animaux abattus selon les rites casher ou halal. C’est-à-dire des bêtes égorgées sans étourdissement préalable et qui connaissent une agonie consciente de plusieurs minutes car pour elles, il n’y a pas de coup de grâce. Pas d’étiquetage pour vous informer : vous voici désormais à votre insu les otages d’un amalgame de traditions, de comportements discutables et d’une économie opaque à la fin de générer davantage de profits.

Le Coran et la Torah ont en commun de demander à leurs fidèles de consommer de la viande provenant d’abattages rituels. Pour les musulmans, la viande « halal » (permise) est obtenue en incisant profondément la gorge de l’animal au couteau, jusqu’à obtenir la section des veines jugulaires et des carotides : la moelle épinière doit rester intacte car des convulsions sont nécessaires pour améliorer le drainage du sang. La viande cacher provient également d’animaux mis à mort selon le même procédé.

Lors d’un abattage rituel, l’animal est conscient tout au long de son agonie car l’étourdissement préalable en vigueur dans les abattoirs français lui est refusé. Pis encore, si c’est possible : comme les abattoirs respectent des cadences sur la chaîne d’abattage, ce sont des animaux encore vivants, pantelants, qui sont mécaniquement suspendus au poulies et dépecés vifs. Est-il possible de réclamer cela au nom de Dieu ? Est-il possible de le laisser faire en vertu de la liberté de culte et d’une dérogation sans arrêt renouvelée aux lois en vigueur ? Est-il tolérable que la chair de ces animaux torturés se retrouve dans nos assiettes sans qu’on nous demande notre avis ?

Les faits sont là et avec eux le scandale : on abat beaucoup plus de bêtes de façon rituelle que n’en consomment les fidèles musulmans et israélites. Par exemple parce que les sacrificateurs découvrent des lésions dans les entrailles, certaines carcasses sortent du circuit consacré.

Une viande distribuée partout

D’autre part, les israélites ne consomment pas l’arrière-main des animaux tandis que les musulmans, pour des raisons culturelles et économiques, privilégient les pièces à bouillir et les abats. « Les filets et les entrecôtes, qui sont chers, sont donc souvent vendus dans la filière classique », reconnaissent les professionnels de la viande. Et l’Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir de préciser : « Sur trois animaux abattus rituellement, c’est-à-dire sans étourdissement préalable, presque deux seront en fait consommés par l’ensemble des consommateurs toutes confessions confondues, sans parfois même que les détaillants soient informés. » Il semble même que seule une bête sur quatre abattues selon le rite juif, soit finalement écoulée dans le circuit cacher. En revanche, les bêtes abattues sans étourdissement se retrouvent jusque dans le circuit labellisé bio. Parce que le bio n’implique pas forcément le respect du bien-être animal en termes de transport et d’abattage. Une frange d’intégristes fait même courir le bruit que la viande halal serait plus « naturelle » que la viande classiquement traitée dans les abattoirs, alors que justement des voix s’élèvent pour dénoncer, sur un plan scientifique, les risques de contamination de la viande halal par des bactéries est majorée par le type de mise à mort qu’on inflige aux animaux. Les conséquences du stress ont en outre été montrées par des études de l’Agence Française pour l a Sécurité des Aliments (AFSA) :l’égorgement à vif produit une altération du goût de la viande et de sa consistance.

Une agonie lene et cruelle

Les minorités musulmane et israélite ont droit à un étiquetage visible (faute de quoi elles n’achèteraient pas la viande proposée à la vente) tandis que le consommateur lambda n’a droit à aucune précision (lui, c’est la notion « abattue sans étourdissement » qui le ferait fuir). Alors que les notions de transparence et de traçabilité sont sur toutes les lèvres, le marché de la viande sait faire l’impasse sur ce qui pourrait fâcher, histoire de rentabiliser au mieux ses produits. Les industriels savent que 72% des Français désapprouvent les techniques d’abattage sans étourdissement. S’ils avaient assisté à la mise à mort d’un bovin, ils seraient d’ailleurs 100% à militer contre l’abattage rituel. Une vache peut mettre jusqu’à 14 minutes pour mourir, après avoir été égorgée. Un quart d’heure au cours duquel elle tente de se relever, de retrouver son équilibre : il ne s’agit pas de mouvements réflexes, mais d’une insupportable et douloureuse agonie. Et comme cette phase finale se prolonge au-delà du raisonnable au regard des cadences de l’abattoir, elle finit encore vivante suspendue à un crochet où le travail de découpe commence à vif. Il faut connaître les détails de cette agonie avant de la qualifier de « naturelle ». Elle n’est que douloureuse, cruelle, abominable et insupportable.

Nous avons le droit de ne pas vouloir de cette viande là. Nous avons le droit d’être informé que l’animal que l’on veut nous vendre est mort dans ces souffrances-là. Nous avons le droit de dire non à ces pratiques-là. Nous avons le doit de retirer notre confiance aux industriels qui nous trompent sans vergogne pour écouler cette production là. Nous avons le droit de demander des comptes aux politiques qui ne font rien pour interdire ces pratiques là. Nous n’avons pas à être les otages de la situation économico-financière de quelques uns. Nous aussi, nous avons des droits et des convictions.

Retour en arrière

Celle par exemple que la loi n’a qu’à être appliquée. En France, on n’a pas le droit de tuer un animal dans un abattoir sans qu’il ait été préalablement étourdi avec un matador (pistolet) ou une électronarcose. Mais la France est aussi le pays qui défend avec le plus de vigueur la dérogation réclamée par les ministres des cultes musulman et israélien. D’autres pays ne veulent pas en entendre parler. En Islande, en Suède, en Suisse, en Norvège, l’abattage rituel sans étourdissement est hors-la-loi : les communautés musulmanes et juives s’en accommodent. Dans certains pays, où ce mode d’abattage est interdit, on importe la viande halal ou cacher d’ailleurs. Ce n’est pas formidable, mais c’est déjà un premier pas vers la réflexion. En France, la demande en viande halal ayant explosé depuis une quinzaine d’années, on fait en sorte de ne pas mécontenter les consommateurs croyants. Alors qu’en 2006, le ministre de l’Intérieur et des Cultes, Nicolas Sarkozy écrivait : «Je souhaite que les animaux souffrent le moins possible lors de leur abattage. Je souhaite que, dans toute la mesure du possible, l’étourdissement préalable soit généralisé. Je veux, maintenant, que les abattoirs halal s’engagent concrètement et rapidement, dans la voie d’une généralisation de l’étourdissement préalable, » le taux d’abattage rituel dans les circuits officiels ne cesse d’augmenter : 50% des moutons, 13% des bovins sont abattus « en rituel » alors que les musulmans ne représentent que 6% de la population nationale et les israélites, 1%. « Le nombre d’animaux abattus selon un rituel religieux dépasse très largement les besoins intérieurs des minorités religieuses concernées, » note la Commission Européenne chargée d’enquêter sur le sujet. La loi subirait donc un retour en arrière, et le fait de respecter les pratiques d’une minorité mettrait en péril la liberté de choix d’une écrasante majorité.

Il ne s’est rien passé d’autre dans les huit restaurants Quick où l’on s’est mis à servir de la viande halal en 2009 : les consommateurs non demandeurs n’avaient d’autre choix que de s’en retourner s’ils ne voulaient pas se rendre complices de pratiques inutilement cruelles d’abattage : et encore n’ont-ils été que tardivement mis au courant par la presse, les responsables du restaurant n’ayant pas d’emblée précisé que l’ensemble de la viande servie se trouvait être « halal ». Dans ce cas de figure, c’est la minorité qui dicte sa loi à la majorité. Ne serait-ce pas le monde à l’envers ?

Gare au boycott

Au lieu de chercher à contenter à toute force et au sein d’une économie de marché ceux qui réclament un traitement particulier, pourquoi les politiques ne versent-ils pas toutes leurs forces afin de faire aboutir la négociation dans un sens progressiste ? Rappelons que ni le Coran ni la Torah ne pouvaient donner leur avis sur l’étourdissement électrique, leurs textes ayant été élaborés avant l’invention du matador… Il devrait donc y avoir une marge de manœuvre et de discussion avec les instances religieuses concernées, dont certaines sont d’ailleurs prêtes à revoir le modus operandi de l’abattage rituel. Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris estime qu’il est possible d’obtenir de la viande halal en étourdissant l’animal par électronarcose avant de le saigner : l’étourdissement étant réversible, il n’altère pas le caractère halal de la bête ainsi traitée. La mosquée d’Evry-Courcouronnes est du même avis. Mais celle de Lyon n’a pas donné son aval pour le moment.

Les Israélites, eux, ne veulent pas entendre parler d’étourdissement préalable, du moins pour les radicaux d’entre eux. Que les politiques prennent leurs responsabilités, eux qui sont capables en quelques semaines de proposer une loi contre le port de la burqa dans les lieux publics. Et qu’ils aient à cœur de faire respecter des lois depuis longtemps votées mais dont l’application tombe désormais en désuétude.

Faîtes vous entendre !

A ne se préoccuper que de ceux qui réclament haut et fort et à ignorer la majorité silencieuse, il arrive qu’on ait à subir des dégâts collatéraux : les Français pour lesquels le respect des animaux a un sens pourraient se mettre à boycotter la viande de bœuf, de mouton et la volaille, bouleversant ainsi l’économie de secteurs importants. On n’est pas végétarien en mangeant du porc, du poisson ou des oeufs, on survit très bien et on devient peut-être un interlocuteur à prendre au sérieux. Messieurs les Responsables, méfiez vous de l’eau qui dort…

Vous savez aujourd’hui que vous mangez la viande issue d’un animal mis à mort de manière barbare dans l’indifférence générale. Vous devenez les complices d’industriels qui, pour sauvegarder des profits maximum et une clientèle ratissée large, ont choisi la duperie et l’opacité comme méthode de travail. A votre insu vous subissez des diktats religieux qui ne vous concernent pas. Vous n’avez pas le pouvoir de changer le monde, mais vous avez celui de refuser votre participation à des pratiques insupportables, vaines et odieuses. Vous avez le droit de dire « non » et de voir votre refus respecté. Faites vous entendre ! Ecrivez à vos élus et utilisez votre voix aux prochaines élections.

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