CONTRE L’EXPÉRIMENTATION

« Vivisection : La majorité des gens connaissent le mot sans jamais savoir de quoi il s’agit réellement. S’ils le savaient, je suis certain qu’ils en useraient avec beaucoup moins de légèreté. » Samir Mejri, animalier dans un laboratoire pharmaceutique à la fin des années 80, s’indigne en 1991 du sort fait aux animaux au nom de la science, et surtout du profit généré par l’industrie dans son livre plaidoyer « Victimes silencieuses ». Vingt-cinq ans plus tard, malgré les avancées en matière de méthodes substitutives, on met encore à mort, avec la complicité d’une législation faite d’exceptions, des êtres vivants dans des conditions inhumaines et indignes…

La vivisection n’est pas une fatalité, réagissez !

Dernier en date des tripatouillages intervenus sur les conditions d’exercice de l’expérimentation animale, un décret de février 2013 qui, sous couvert de défense nationale, autorise l’armée à procéder sans contrôle externe, aux expériences qu’elle juge nécessaires, ne rendant de comptes qu’au seul ministre de la défense. C’est l’exception qui devient la règle.

Légalement, comment définit-on la vivisection en France ? C’est « l’utilisation, invasive ou non, d’un animal à des fins expérimentales, scientifiques ou éducatives ». Et en font partie « les interventions destinées ou de nature à aboutir à la naissance ou à l’éclosion d’un animal ou à la création et la conservation d’une lignée d’animaux génétiquement modifiés », englobant ainsi implicitement le clonage dans son champ d’action. Quant au seuil de douleur tolérable, sous une apparente simplicité, il laisse la porte ouverte à tous les abus. Il s’agirait «d’une douleur, souffrance, angoisse ou dommage durable d’un niveau équivalent ou supérieur à celui causé par l’introduction d’une aiguille. » Pas de raison d’invoquer la taille de l’aiguille ou l’endroit où on l’introduit…

Pour contrebalancer d’éventuels abus, la Commission nationale de l’expérimentation animale a un rôle consultatif mais pas décisionnaire et le Comité national de réflexion éthique sur l’expérimentation animale, sur 14 membres actifs, ne comprend que trois personnalités désignées sur proposition d’organisations reconnues d’utilité publique de protection des animaux et de protection de la faune sauvage, dont Patricia Lortic, administratrice de la Fondation Assistance aux Animaux.

Les mauvaises questions

Chaque année en France, dans les laboratoires industriels et universitaires, près de trois millions d’animaux (hors expérimentations militaires) sont empoisonnés, mutilés, soumis à des décharges électriques, à des transplantations, des greffes de têtes ou d’organes divers. On les aveugle, on les ébouillante, on les éventre, on les brûle, on les prive de sommeil, on organise leur mise à mort par la faim, la soif, le froid ou le chaud, le plus souvent à vif puisque les protocoles d’anesthésie retardent les bourreaux, leur coûtent de l’argent, et ne sont de toute façon recommandés qu’au moment de l’intervention directe de l’expérimentateur. Personne ne prend en charge les douleurs post expérimentation d’un corps pantelant qui finira de toute façon dans une poubelle à déchets organiques.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » avançait Rabelais dans Pantagruel. « Il n’y a pas d’éthique humaine qui soit séparée de l’éthique animale, » complétait le Pr. Schwarzenberg. On se donne bonne conscience en rappelant que l’Académie des sciences indique que les conditions d’élevage, de transport et de stabulation des animaux destinés à l’expérimentation doivent obéir aux règles strictes de l’éthique et que soient offertes aux laboratoires des possibilités d’approvisionnement dûment organisées et réglementées. Et là, on se pose les mauvaises questions. Comment organiser l’expérimentation animale, vaut-il mieux acheter des dizaines de chiens sur catalogue plutôt que sous le manteau à des individus qui les ont manifestement volés à leurs propriétaires, oui, ce sont de mauvaises questions. Ce qu’il faut se demander, c’est comment abolir l’expérimentation animale, comment avoir recours systématiquement aux méthodes substitutives mises au point parfois depuis plusieurs dizaines d’années.

Cruauté violente et implaccable

Les scientifiques aiment mettre en avant la recherche médicale, sachant que chacun est soucieux, pour lui comme pour ses enfants, de bénéficier des meilleurs soins possibles. Il n’empêche que c’est ailleurs que les vies animales sont le plus gaspillées : en cosmétologie par exemple, où on continue à longueur de journée à tester des produits sur les yeux des lapins, ou des crèmes solaires sur la peau rasée de pauvres rongeurs placés sous des lampes chauffantes jusqu’à ce que leur peau se détache de leur corps. C’est comme ça qu’on détermine les indices si chers au consommateur lambda…

Quant aux produits d’entretien ménager (vous savez ceux qui ont l’étiquette avec la tête de mort, ne pas ingérer, etc), les pesticides et autres produits chimiques, ils sont le prétexte pour être introduits de force dans la gorge des animaux testeurs jusqu’à ce que mort s’ensuive par brûlure chimique atroce.

Singes, chiens, chats, lapins, rongeurs, chevaux, oiseaux, poissons, reptiles, moutons, chèvres, veaux et vaches sont des sujets d’expérience possibles. Aucune espèce n’est à l’abri des expérimentations cruelles des hommes. Et aucune d’entre elles ne bénéficie de conditions de détention décentes : cages minuscules, éclairage au néon uniquement pour sortir de l’obscurité, pas de sorties, pas de possibilité de s’étirer, marcher, courir, pas de contacts rassurants. La réalité d’une vie de condamné, c’est la solitude, le stress, l’angoisse, la douleur, le désespoir et la cruauté violente et implacable des vivisecteurs. On peut comprendre pourquoi la seule vue d’une blouse blanche induit dans les laboratoires de torture, tremblements incontrôlés et relâchement des sphincters des futures victimes…

Pourquoi ces pratiques d’un autre âge subsistent-elles quand d’autres méthodes de tests existent, parfaitement capables de remplacer les charcutages sans fin répétés dans les laboratoires ? L’Union européenne reconnaît en bien des domaines des protocoles alternatifs qui ont fait leurs preuves : peau synthétique pour les tests de phytotoxicité, de corrosivité, test Elisa pour les vaccins. Dernière innovation en la matière : un laboratoire français a mis au point une peau humaine reconstituée à partir de déchets récupérés lors des opérations de chirurgie plastique. Genoskin est à même de fournir une peau utilisable par les laboratoires cosmétiques et pharmacologiques en vue de tester leurs produits.

Méthodes alternatives

La France, c’est un peu le pays des bonnes vieilles habitudes. Tout changement y est considéré comme suspect et ce n’est que la tête sur le billot qu’on consent à regarder vers l’avenir. Les méthodes in vitro n’y ont pas le même succès qu’ailleurs. On fronce encore le nez sur les cultures de cellules humaines pour dépister le degré de nocivité des substances testées ou sur les cultures de tissus, indispensables en toxicologie. Il n’y a pas actuellement de volonté politique de former différemment les scientifiques français !

Et pourtant ! On sait depuis longtemps que l’animal n’est pas un modèle acceptable pour l’homme. Les différences entre les espèces sont énormes, comme le confirme le déchiffrage des ADN d’espèces de plus en plus nombreuses et diverses. On s’ingénie à continuer à suivre un modèle animal non adapté pour prendre des décisions graves concernant la santé d’êtres humains : c’est ainsi que la plupart des effets secondaires des médicaments n’apparaissent pas lors des tests de nocivité. Les animaux qui en font les frais n’ont pas les mêmes réactions que nous. Il en résulte que dans les pays développés, ces effets indésirables sont la 4ème cause de mortalité ! N’importe : sous la pression du lobby pharmaceutique et des laboratoires privés, les pratiques de vivisection perdurent, favorisant des profits financiers énormes…

A nous désormais de renverser le cours des choses en manifestant notre rejet d’une pratique honteuse, barbare et opaque dans son fonctionnement, puisque nous sommes officiellement 86% de la population à réprouver la vivisection. On peut décider de n’acheter et de n’utiliser que des produits non testés sur les animaux que ce soit en cosmétique ou en produits d’entretien ménager : les magasins bio en ont fait leur marque de fabrique et si la pression se maintient, les supermarchés suivront. La plupart des associations de protection animale publient aussi des listes de marques et de produits non testés sur les animaux.

Un refus européen

Et on peut également participer à l’initiative citoyenne européenne Stop Vivisection, qui permet à tout citoyen de demander l’abolition de l’expérimentation animale dans l’Union européenne et la mise en œuvre des méthodes de substitution existantes ou à développer. C’est en ligne (1) qu’il convient de faire entendre sa voix. A la différence d’une simple pétition, les modalités d’inscription sont très encadrées, puisqu’il faut indiquer (sous sceau sécurisé) son nom, son adresse, sa date de naissance et son numéro de pièce d’identité. Pour aboutir, cette initiative citoyenne doit mobiliser un million de signatures européennes avant le 1er novembre prochain, dont 55 000 représentent le quota français. C’est un challenge à notre portée, c’est le moyen d’intervenir directement dans une politique inique qui s’exerce sans aucun sens de l’éthique, c’est l’occasion d’aider les animaux à échapper aux traitements brutaux et mortels dont ils sont l’objet sous de mauvais prétextes. Il est de notre devoir de nous manifester et de prêter notre voix à ceux qui n’en ont pas.

 

La Fondation se bat au quotidien contre ce fléau. Une de ses administratrices siège au comité d’éthique de l’expérimentation animale. La fondation octroie également des aides aux associations spécialisées dans ce domaine.

 

Mise à jour — L’Europe a balayé d’un revers de la main l’action citoyenne « stop vivisection »signée par plus d’un million deux cent milles personnes et réclamant la suppression de l’expérimentation sur les animaux. Si dans sa réponse, la Commission européenne affirme que « L’Union partage la conviction qui est celle de l’initiative citoyenne, à savoir que les essais sur les animaux devraient être progressivement supprimés. Il s’agit bien de la finalité ultime de la législation de l’UE dans ce domaine », elle conclu paradoxalement « la Commission n’a pas l’intention de présenter une proposition qui viserait à abroger la directive 2010/63/UE ; elle n’a pas non plus l’intention de suggérer l’adoption d’un nouveau cadre législatif ». Autrement dit, le combat continue…

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