Stop à la Corrida

C’est une avancée. Une petite victoire.
De quoi encourager les adversaires de la corrida, qui depuis si longtemps, bataillent pour qu’elle soit interdite dans notre pays.

L’ONU exhorte dans une recommandation officielle la France à interdire l’accès des arènes aux mineurs.
Tandis que ce jeu du cirque barbare et méprisable a été radié du patrimoine culturel immatériel de la France le 1er juin dernier, après s’y être sournoisement glissé pendant quatre ans. Petits pas dans le bon sens, mais le chemin sera long encore avant l’estocade finale, tant les lobbies taurins s’agitent dans le sud de la France pour garder leurs jeux de sang et d’argent mêlés.

A l’origine, la corrida avec mise à mort est une spécialité espagnole qui est importée en 1853 en France par Napoléon III qui veut faire plaisir à son épouse ibère, Eugénie de Montijo. Avant cette date, il n’existe que des courses à la cocarde et à l’écarté dans le Sud-Est et le Sud-Ouest du pays, dont on va profiter pour sortir du chapeau une « tradition locale ininterrompue » destinée à justifier le maintien de la corrida dans une exception culturelle et juridique aberrante. L’assassinat de six taureaux mis en scène dans un « spectacle », torturés de la plus horrible façon dans une arène par plusieurs hommes dont chacun est chargé d’un supplice spécifique, ne peut que tomber sous le coup de la loi punissant les mauvais traitements, actes de cruauté et sévices envers des animaux.

Grâce à la fameuse « tradition ininterrompue », déchiqueter une bête en fouaillant sa chair avec des harpons, lui planter des banderilles dans tout le corps, l’achever en une boucherie maladroite par cycles de 20 minutes, tout cela devient légal, voire culturel. Nous voici replongés dans les jeux du cirque des Romains, sanglants, vains et cruels, que les Italiens ont préféré faire disparaître en briguant le titre d’êtres civilisés. Nous avons choisi le retour aux mauvaises sources, emplissant les yeux et les oreilles de spectateurs extatiques et hallucinés, du combat truqué entre des mannequins déguisés et des taureaux lâchement affaiblis avant le duel.

Le stress du voyage

Où se trouve l’égalité des chances prônée par la littérature mensongère des aficionados ? D’un côté la cohorte d’hommes unis pour porter la mort en prenant le moins de risques possible. De l’autre les bêtes trafiquées avant leur entrée dans l’arène dont le sang doit absolument rougir le sable du cirque à maintes reprises avant le coup de grâce. La douleur, la terreur, les cris, les images écoeurantes d’un carnage assumé, c’est cela la corrida, c’est cela le « glorieux combat » entre l’homme et le taureau.

La corrida, ça commence bien avant la date indiquée sur les affiches publicitaires noires et rouges. Et c’est une affaire de gros sous qui gangrène toutes les villes qui ont bâti leur économie dessus. Les taureaux de combat sont élevés dans des manades, à la dure, pour garder leur « caractère sauvage ». Ils sont en troupeau, surveillés de loin par des hommes à cheval, qui vont aussi les marquer au fer rouge. Par un habile tour de passe-passe, ils sont subventionnés par l’Europe qui ne fait pas de distinction entre bovins à viande et bovins de combat : c’est toujours ça de pris… . Les caractéristiques de ces bovidés à spectacle : 1,30 à 1,40 m au garrot, 450 à 600 kg, petite tête, rachis particulièrement rigide prévenant les volte-face et cœur hypertrophié (1,8 kg au lieu des 3 kg d’une bête de réforme partant à l’abattoir). Ils sont plutôt lents et voient mal. Morphologiquement, ils sont déjà désavantagés pour l’emploi dans lequel on va les précipiter. C’est à l’âge de 4 ans qu’ils descendent dans l’arène.

Tous les taureaux ne sont pas élevés en France. D’autres viennent du sud de l’Espagne ou du Portugal et subissent en plus des autres sévices qui leur sont infligés avant et pendant la corrida, le stress du voyage. Des centaines de kilomètres sans nourriture, sans eau, pressés dans des camions où règne une température de fournaise, les « jeux » ayant lieu à la belle saison. Pour laisser toutes leurs chances aux toreros sanglés dans leur « habit de lumière » à sequins, ils subissent déjà un affaiblissement imaginé par des professionnels particulièrement imaginatifs. Le plancher du véhicule n’est pas droit mais incliné, ce qui oblige l’animal à se cramponner, donc à fatiguer artificiellement ses muscles pendant son transport. Evidemment, à l’arrivée, le temps de récupération est minimal si bien que c’est un taureau déjà épuisé qui atterrit dans l’arène.

D’autant plus épuisé que rien ne lui a été épargné dans les coulisses du spectacle. Les aficionados réclament une bête fière et impressionnante, qui se bat jusqu’au bout de la corrida avec panache. On les trompe éhontément en fricotant une sale petite cuisine derrière leur dos. Toujours dans la perspective de rendre le taureau le plus inoffensif possible.

Banderilles de châtiment

Le risque le plus évident pour un matador, c’est de se faire encorner dans l’arène par un taureau fou de douleur et privé de possibilité de fuite. Le moyen de minimiser les risques, c’est la pratique épouvantable du rasage. Immobilisé dans un box de contention, le taureau subit à vif une diminution de 6 à 11 cm de ses cornes, et il ne s’agit pas là de matière inerte, mais innervée ! On les scie et on en refaçonne la pointe avec une râpe à bois, un couteau, un marteau, de la résine et un chalumeau. Papier de verre et vernis donnent la touche finale à la corne raccourcie. Si elle demeure pointue et cause encore des blessures graves, cette mini corne a la vertu de diminuer l’allonge du taureau, donc de rendre l’encornement moins probable. Elle brouille aussi la perception spatiale de l’animal, ôtant toute précision à sa charge. Cette pratique affreusement douloureuse pour l’animal (imaginez qu’on s’occupe ainsi de deux de vos dents…) contribue à le briser physiquement et mentalement.

Ce n’est pas encore assez, puisque pour s’assurer d’une résistance minimale, l’animal est parfois drogué, par injection, voire par contact avec un fer de devise plongé dans son garrot pour y fixer des rubans aux couleurs de son élevage. On lui administre des tranquillisants et des remontants, soit un cocktail dangereux qui le sonne parfois tant qu’on a vu certaines bêtes s’effondrer dans l’arène en n’y ayant évolué que sur 20 mètres ! Qu’à cela ne tienne, on déclare ces bêtes désorientées « peureuses et lâches » et on appelle vite les hommes à pied pour leur poser au cou des banderilles de châtiment de couleur noire, deux fois plus longues et plus épaisses que les ordinaires. Le matador en chaussons vient alors leur passer l’épée en travers du corps puisqu’il est dit qu’avec eux, il n’y aura pas de spectacle…

Les plus acharnés à mettre le taureau au plus bas incisent aussi la sole des sabots, enfoncent des coins entre les onglons, le frappent avec des sacs de sable, lui pommadent les yeux pour qu’il voie flou. C’est ça le combat à armes égales avec l’homme ?

Touché au foie ou au poumon

Face à la bête seule, se présente un cortège. Les picadors montés sur des chevaux aux yeux bandés –drogués eux aussi, les oreilles remplies de papier mâché- plantent entre les épaules de l’animal une pique destinée à cisailler les ligaments de la nuque pour l’empêcher de relever la tête et fouaillent les plaies pour provoquer des hémorragies. Arrivent alors les peones, les hommes à pied, qui posent cette fois les banderilles, soit 4 à 6 harpons dans l’échine du malheureux taureau. Ces piques de métal se déplacent à chaque mouvement, déclenchant des douleurs continues pendant que l’animal est soumis aux voltes de la cape rose vif qu’on agite devant lui. Lui ne voit pas les couleurs et c’est la foule qui a besoin d’un point de repère coloré. Il ne se jette sur la muleta que parce qu’il la voit bouger…

Ses derniers efforts lui coupent le souffle et le font parfois chuter devant l’homme qui danse devant lui en faisant virevolter son tissu de soie. Il est prêt pour l’estocade à l’épée. Ce n’est pas un coup en plein cœur, impossible à atteindre sous l’angle des figures imposées, mais dans les poumons ou le foie, qui n’occasionnent pas une mort immédiate, même si le tueur (pourquoi employer le mot espagnol) n’est pas trop maladroit. Il faut achever la bête en lui sectionnant le bulbe rachidien. Il n’est pas obligatoirement mort quand on lui tranche les oreilles et la queue… Le voici traîné hors de l’arène par les cornes, faisant place au prochain martyre. L’affaire a duré 20 minutes, la foule de vampires massée dans les tribunes hurle sa satisfaction en attendant la seconde, la troisième et ainsi de suite jusqu’à la sixième victime.

73% des Français contre la corrida

Au nom de quoi est-il encore possible de mettre à mort publiquement des animaux en les torturant avec un sadisme toujours renouvelé ? Quelle jouissance morbide un public de bobos bercés par les textes menteurs des Hemingway, Montherlant et quelques autres sur la corrida s’assouvit donc ainsi, aux côtés des pervers acculturés qui se complaisent dans la douleur de l’autre ? Comment peut-on traîner des enfants dans de tels lieux de mort violente et comment peut-on leur ouvrir les portes des écoles de tauromachie à l’âge où ils devraient apprendre le respect dû aux animaux ? Responsables et coupables, ceux qui remplissent les arènes en criant « olé » à chaque passe de douleur du taureau. Responsables et coupables les maires qui assurent la prospérité de leur ville (Nîmes, Bayonne, etc) avec le sang des taureaux assassinés et des chevaux éventrés dans l’arène malgré leur caparaçon. Responsables et coupables, les éleveurs et autres importateurs de viande bovine sur pied qui trempent dans ce toro-business infâme. Responsables et coupables les politiques qui défendent cette barbarie ignoble soutenue par le lobby taurin. Plus d’exception. Plus de poudre aux yeux. Plus de bienveillance honteuse pour des agissements parfaitement clairs. A l’instar de la Catalogne qui a su se séparer de ses coutumes douteuses, il faut en finir avec la corrida, avec la tradition locale ininterrompue, avec l’exception culturelle. Les belles villes du Sud de la France ont bien plus à offrir qu’un bain de sang déjà bien controversé : 73 % des Français se sont déjà déclarés contre la corrida. Il est temps de les écouter et de les satisfaire.

Des courses trompeuses

La course provençale dite à la cocarde et la course landaise à l’écarté sont des jeux taurins apparemment non violents puisqu’il n’y a ni mutilation ni mise à mort des animaux participants. Cependant ils subissent le stress des transports, puis celui d’être lâchés dans une arène bondée ou poursuivis dans des rues tortueuses, ils se cognent aux murs et aux barrières, et sont bousculés plus ou moins violemment par les participants qui veulent briller en sautant au-dessus d’eux ou en accrochant une cocarde à leur front. Mais le plus terrible, c’est que ces jeux sont le cheval de Troie de la corrida avec mise à mort puisque c’est sur leur implantation que le législateur s’appuie pour déterminer les lieux de tradition taurine ininterrompue…

Le lynchage de Rodilhan

C’était en octobre 2011 : 70 manifestants anti-corrida s’était enchaînés dans les arènes de la petite ville pour réclamer l’abolition des spectacles taurins et sauver la vie des veaux qui devaient être toréés par de très jeunes toreros dans la journée. Insultes, déferlement de violences. Les militants sont invectivés, battus, frappés à coups de pied, de poing, arrosés à la lance à incendie, menacés d’agressions sexuelles. Ils ont défié des aficionados furieux et incontrôlables. Plus de quatre ans après les faits, les jugements sont toujours en délibéré et les réquisitions sont faibles pour les potentiels coupables : au maximum 15 mois de prison dont 9 avec sursis et 1500 € d’amende.